
Néjiba, originaire d'un village de l'intérieur du pays, a toujours été studieuse. L'aînée d'une famille de cinq enfants, elle a toujours porté les espoirs de ses parents..Son père, ouvrier occasionnel de chantiers et sa mère, mère au foyer, ne pouvaient pas lui offrir ni des cours particuliers, ni ordinateur (même l'ordinateur "familial" était hors de prix), ni ligne ADSL..et pourtant Néjiba a réussi à se débrouiller avec les moyens du bord; mieux encore, elle a décroché son bac avec brio et a été orientée vers une grande école de commerce de Tunis.
Ghalia, a toujours été "chère" même avant sa conception: fruit d'une grossesse in vitro, elle est est fille unique de ses parent. Ces derniers ont beaucoup souffert pour la voir naître, ayant des difficultés de reproduction, ses parents ont essayé plusieurs traitements, visité différentes cliniques un peu partout en Europe, pour enfin la mettre au monde..
Ghalia ne manquait de rien, depuis sa tendre enfance elle était traitée comme une petite princesse, ses désirs étaient des ordres et ses parents aisés ne s'opposaient contre aucun de ses caprices..Ghalia n'était pas une bonne élève, mes avec des cours particuliers dans chaque matière, elle arrivait à s'en sortir, juste ce qu'il faut pour ne pas redoubler l'année.
Elle a réussi tout de même à avoir son bac de la session de contrôle (et avec l'aide des 25% du cours de l'année) mais tout ça c'est des détails, l'essentiel c'est qu'elle a réussi, un coup de fil de son cher papa lui a permis d'être orientée vers une grande école de commerce de Tunis.
Néjiba et Ghalia se trouvent dans la même classe, elles suivent les mêmes cours (pas à la même fréquence certes) et réussissent au bout de quatre années de labeur à décrocher leurs dîplômes en marketing.
Néjiba arrivait toujours à réussir avec une bonne moyenne, ce qui lui permettait logiquement d'accéder à un troisième cycle, mais c'était impossible pour elle, son père épuisé par les chantiers et les besoins grandissants de ses frères et soeurs la mettaient dans l'obligation de travailler pour aider sa famille à s'en sortir..
Ghalia de son côté est poussée par son père à poursuivre ses éudes. Ghalia en a marre des études,elle veut prendre une année sabattique pour voyager un peu et se détendre, mais bon son papa inciste d'autant plus qu'il a déjà passé un coup de fil pour l'inscrire..
Néjiba a envoyé des dizaines de CV, s'est inscrite dans tous les bureaux d'emploi et répondu à toutes les offres d'emploi, mais elle n'a passé que quelques entretiens peu concluants..
A vrai dire, Néjiba n'est pas belle, mais elle n'est pas moche non plus..le genre de fille qui avec un broshing et des fringues à la mode ne passera pas inaperçue..sauf que elle, elle n'a les moyens ni de se payer le broshing ni les fringues..De plus, à chaque fois qu'elle passe un entretien, Néjiba se trouve handicapée par son français..Non, c'est pas qu'elle ne sait pas s'exprimer en français, c'est son accent qu'on lui reproche..Néjiba a lu beaucoup de livres en français, elle maîtrise la langue à l'écrit mais c'est l'oral qui lui fait défaut(toujours ces foutues u et i qui lui pourissent la vie)..Il faut dire qu'à sa maison on ne regardait pas les chaînes françaises, et elle ne pratiquait la langue qu'aux cours de français, c'est très peu pour avoir un accent irréprochable!
Les recruteurs quand à eux préféraient toujours une fille bien sapée à l'accent parfait à Néjiba, surtout dans un domaine commercial où le paraître prévaut généralement à l'être..
Ghalia accepte enfin de poursuivre ses études, son papa chéri, Docteur en économie, l'aide dans ses études, et Ghalia arrive à réussir..Au bout de deux ans, elle décroche son Master, elle s'est inscrite en thèse tout en travaillant comme assistante contractuelle dans sa fac..
Néjiba quand à elle, lassée des entretiens sans réponse, retourne à son village. Elle se marie avec son cousin et partage son temps entre tâches ménagères et enfants..